Tu ne commetras point de meurtre – Jean-Marc Berthoud

par La rédaction le 12 Juin, 2018

Notre société montre des tendances meurtrières de plus en plus évidentes. En sont la preuve :

– la destruction d’êtres vivants à part entière, par la légalisation de l’avortement,
– l’élimination des personnes âgées, des malades mentaux, des personnes handicapées, par l’encouragement à l’euthanasie,
– l’extermination de populations entières pour des raisons de race, de classe, de nationalité ou de religion, par des génocides toujours répétés — du massacre des Arméniens jusqu’à celui des Tutsi et des Hutus.

Face à de tels actes de sauvagerie, la question essentielle est : d’où viennent les arguments des tenants de ces pratiques ? En particulier, pour l’avortement, à quoi tient le caractère irrationnel des arguments de ses partisans, leur incapacité de reconnaître l’embryon comme un être humain ?

Un piste de réflexion m’a été suggérée par une conversation récente. Une dame, citant le 6e commandement, expliquait qu’il voulait dire : « Tu ne tueras pas d’animaux » ; c’est pour cette raison qu’elle était devenue végétarienne. Cet entretien m’a amené à traiter mon sujet en trois points : la confusion des catégories sous l’angle de Gen 1 et 2, l’erreur de formulation du 6e commandement à partir de Deut 19-21, chapitres qui explicitent le vrai sens de ce commandement, et la conclusion sur ce que nous dit Jésus-Christ par rapport à la haine à ne pas cultiver dans notre cœur à l’encontre de notre prochain.

I. La confusion des catégories (Gen 1 et 2)

La distinction entre l’homme et l’animal

Traduire le 6e commandement par : « Tu ne tueras pas d’animaux » reflète bien une tendance propre à notre société à faire de l’animal une véritable idole. L’animal est souvent placé aujourd’hui au-dessus de l’être humain et même parfois à la place de Dieu lui-même. Cela se traduit par ce que l’on appelle l’« écologisme », la forme fanatique d’une préoccupation légitime du bien de la nature, ou par un certain panthéisme qui mettrait la nature non humaine au-dessus de l’homme. Plus profondément, c’est sans doute le signe d’une déception profonde quant aux relations humaines et l’expression d’une recherche de consolation affective, certes compréhensible, mais bien abusive, auprès des animaux.

La Bible montre clairement que le végétarisme était le système alimentaire normal avant le déluge (Gen 1.29). Mais avec la croissance du péché dans le monde et les changements climatiques consécutifs au déluge, les hommes ont pu librement manger de la viande (Gen 9.3-4). Il ne faut cependant pas consommer le sang des animaux avec leur chair.

La distinction essentielle, catégorielle, entre l’animal et l’humain, qui était admise par tous les peuples de la terre, même ceux qui nous semblent les moins développés, s’estompe en Occident, du fait de notre présente déchéance intellectuelle, morale et spirituelle.

La suite du texte de Gen 9 établit que, si un animal tue un homme, il faut que cet animal soit mis à mort. Mais il affirme aussi que Dieu réclamera à chaque homme la vie de l’homme (Gen 9.5-6). La raison en est fournie par la fin du v.6 : « Dieu a fait l’homme à son image ». L’animal est certes un être animé, c’est-à-dire que, sous un certain regard, il possède une âme et détient (contrairement aux êtres vivants inanimés) la capacité de se mouvoir. Mais il n’est pas, sur le plan spirituel, semblable à l’homme. Certes, l’animal reflète le Dieu créateur, il est un signe concret de sa présence, de sa puissance créatrice et de sa sagesse. Mais il n’est pas pour autant, comme l’homme, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu.

L’ordre créationnel

Gen 1 et 2 nous permettent de mieux comprendre ces distinctions. L’ordre dans lequel la création a été déployée par Dieu révèle, par ce fait même, les distinctions et les catégories progressivement établies par lui.

Dans cette œuvre qui se déploie complètement au cours de six jours de la création, Dieu opère une série de différenciations, afin d’établir des catégories distinctes et stables entre les différents êtres :

– 1. La première est la distinction métaphysique primordiale, entre Dieu et sa création : Dieu et la création sont absolument distincts. Ils ne sont pas opposés l’un à l’autre : Dieu soutient la création qui ne peut exister sans son action providentielle constante, mais le Créateur ne peut être identifié à la création qui n’est d’aucune manière une émanation ou un prolongement de l’être du Créateur. Dans le prolongement de cette première distinction, le ciel est distingué de la terre : les réalités visibles (la « terre », notre univers, le cosmos, dont le récit de la Genèse s’occupera exclusivement) sont séparées des réalités invisibles (le « ciel », les anges et, plus tard, les démons).
– 2. La deuxième distinction concerne la manière dont Dieu a, au commencement, créé toutes choses. Dieu à l’origine crée tout ex nihilo, à partir de rien et non à partir d’une matière pré-existante.
– 3. Dans la suite des six jours, Dieu, par sa parole, va « séparer », « discriminer »1 : entre la mer primordiale et l’atmosphère (v. 6), entre la mer et la terre ferme (v. 9). Puis Dieu va « meubler » son œuvre, par la création successive des végétaux, des oiseaux et des poissons, des autres animaux, et finalement de l’homme (v. 11-30). La création de l’homme et de la femme, créés tous deux à l’image de Dieu, est donc le couronnement.

Ces distinctions ici sont parfaitement visibles pour nous aujourd’hui dans les structures de l’ordre créé, tel que nous pouvons le contempler autour de nous : matière, végétation (matière vivante différente dans sa structure moléculaire de la matière inerte), poissons, oiseaux, animaux et enfin l’homme. Dans le texte de la Genèse, la stabilité de ces catégories créées est partout affirmée de la manière la plus nette, par l’expression répétée 10 fois : "selon leur espèce". Ces distinctions sont en fait constitutives de l’ordre stable de l’univers. Or la tendance actuelle, dans tous les domaines, est de chercher à effacer ces distinctions : tout doit être mouvement ; tout doit évoluer ; rien n’est stable. C’est le produit de la dialectique hégélienne, de l’évolution darwinienne, etc. Ainsi, notre société ne parvient plus à comprendre qu’il existe une différence essentielle, irréductible, entre l’homme et la femme, entre l’homme et l’animal, ou encore entre l’homme et la machine. Notre société apostate (post-chrétienne) a été livrée à une confusion d’esprit bien plus grave que celle qui existait dans le paganisme pré-chrétien. Sur le plan des catégories, nous avons livré notre entendement à l’esprit du chaos.

Il est exact que l’homme a des caractéristiques communes avec l’animal (e.g. le souffle, la mobilité) ; il peut aussi assimiler des végétaux, ce qui, en un certain sens, le lie au règne végétal ; il a un aspect de sa nature qui est matériel et mécanique, ce qui le rapproche de la machine. Mais l’homme est plus : il a été créé à l’image de Dieu. Il résume en lui-même tous les autres ordres et les dépasse. Il manifeste ainsi l’unité de la création.

Selon la Bible, l’animal doit être davantage respecté qu’un légume ou une pierre. Par exemple, il ne faut pas museler le bœuf qui tourne la meule (Deut 25.4), parce que le bœuf est une créature animée de Dieu qui mérite notre respect ; elle ne doit pas être brimée. Pour prendre un exemple encore plus actuel, on pourrait dire qu’il n’est pas légitime de mettre les poules dans des batteries parce que la poule a elle aussi le droit de vivre dans une certaine liberté, avec coq et poussins. Certes, historiquement, l’inhumanité des hommes envers les hommes (avec les horreurs de la révolution industrielle) a précédé celle que nous avons déployée envers les animaux. Mais à force de traiter les poules comme de la matière, on affermit des habitudes d’insensibilité chez nos concitoyens, ce qui les conduira à traiter leur prochain de manière semblable. Derrière ces différentes formes de cruauté se trouve une philosophie selon laquelle l’homme, en tant qu’être physique, et l’animal sont tous deux conçus uniquement comme des machines. Cette attitude manifeste clairement une perte de conscience des catégories bibliques et créationnelles.

D’autres « discriminations » ont été perdues :

– celle entre les parents et leurs enfants : les parents ne savent même plus que c’est à eux de commander à leurs enfants et non l’inverse ;
– celle entre le souverain et le peuple : on dit que le peuple est souverain, mais c’est une duperie ;
– celle entre le mari et la femme : le mari ne sait plus légitimement exercer une quelconque autorité sur son épouse ; et si, malgré tout, il le fait, il ne pourra éviter d’en éprouver un sentiment de malaise face à la « moralité » reçue par toute la société, son épouse en premier, malaise que tous s’évertueront à rendre indéracinable ;
– entre les anciens et les membres dans l’Église : le respect dû aux anciens s’efface ;
– entre le maître et l’élève ;
– entre le patron et l’ouvrier, etc.

Dans tous les domaines, nous avons aplati les distinctions sociales saines, voulues de Dieu, sous le rouleau compresseur d’un égalitarisme qui veut détruire tout ordre.

II. L’erreur de formulation (Deut 19-21)

La confusion des termes

Le 6e commandement ne se formule pas, comme on l’entend trop souvent : « Tu ne tueras point », mais très exactement, « Tu ne commettras point de meurtre ». En hébreu, il existe plusieurs termes pour désigner l’acte matériel de tuer un homme :

– un premier peut être traduit par « tuer » tout court ;
– un deuxième par « commettre un meurtre » ;
– un troisième par « exécuter un coupable ».

Les mots français, décès, assassinat et exécution, bien qu’évoquant tous trois mort d’homme, n’ont cependant pas du tout le même sens. Pourtant, dans les journaux, ces termes sont souvent confondus : par exemple, pour évoquer le meurtre d’otages par des terroristes, on parle d’« exécutions », alors qu’il s’agit d’un assassinat pur et simple. Voilà un bel exemple de mélange des catégories : le terme d’« exécution » devrait être réservé à une mise à mort pratiquée par un bourreau, sous l’autorité d’un magistrat légitimement constitué, ceci après un procès équitable et pour des crimes passibles, selon Dieu, de la peine de mort. Le langage reflète donc la confusion actuelle.

Le sens du 6e commandement explicité

Les chapitres 19 à 21 du Deutéronome développent le sens exact du 6e commandement. Au milieu de ces chapitres, nous trouvons un texte surprenant qui semble, à première vue, être sans rapport avec notre sujet : « Tu ne reculeras pas les bornes de ton prochain posées par tes ancêtres dans l’héritage que ton Dieu te donne pour que tu en prennes possession ». Augmenter la surface du terrain dont on dispose en déplaçant les bornes (antique pratique de fraude paysanne), est une forme de vol. Certes, le vol peut conduire à des conflits avec son prochain, au meurtre puis même à la guerre. Mais, au-delà de cette première explication, ce passage indique que dans les deux cas, tant dans celui du vol par déplacement de borne que dans celui du meurtre, la notion de limite est capitale. Pascal ne disait-il pas que celui qui enlève les bornes, c’est-à-dire le législateur qui change la loi de façon injuste, commet un plus grand forfait que le simple criminel qui (si l’on peut parler ainsi) ne fait que l’enfreindre.

On ne peut pas déplacer les bornes d’une société – les garde-fous fixés par le langage, les coutumes saines, les lois, la Parole de Dieu – sans en venir à des conséquences terribles. C’est, entre autres, pour cette raison que, dans la Bible, falsifier la Parole de Dieu ou prophétiser faussement sont des crimes passibles de la peine de mort.

Ces chapitres développent plusieurs aspects du 6e commandement :

– 1. Les villes de refuge (19.1-9) : il y a une distinction entre l’homicide volontaire et l’homicide involontaire. On ne peut pas punir le premier de la même manière que le second sans commettre une grave injustice.
– 2. Les condamnations injustes (19.10) : le législateur cherche à rendre rare l’erreur judiciaire en imposant l’obligation d’avoir plusieurs témoins pour obtenir une condamnation légitime.
– 3. L’absence d’une condamnation justifiée (19.11-13) : elle est une défaillance du droit aussi grave qu’une condamnation injuste. Dans notre sympathie unilatérale pour la victime d’une erreur judiciaire, nous oublions que l’erreur judiciaire s’étend également au fait de ne pas condamner un coupable. L’impunité du crime de l’avortement s’y apparente.
– 4. Le faux témoignage (19.15-21) : la protection de la personne mise en accusation va plus loin encore. Le faux témoin devra, selon la loi hébraïque, être châtié de manière exemplaire : il doit lui-même subir une condamnation identique à celle qu’il escomptait obtenir pour celui à l’égard duquel il manifestait sa haine.
– 5. Le service militaire (20.1-9) : tuer quelqu’un en temps de guerre, — acte qui ne pourra évidemment jamais être considéré comme moralement positif — peut cependant être un acte parfaitement légitime et, en conséquence, non condamnable. Il ne s’agit aucunement de la même chose qu’un homicide volontaire.
– 6. Les villes assiégées (20. 10-20) : lors du siège de villes fortifiées, il est ordonné que les hommes refusant de se rendre soient tués. De plus, dans le cas particulier de la conquête de Canaan (un pays voué au jugement de Dieu car il s’était depuis fort longtemps abandonné à des actes que l’Éternel jugeait abominables), on devait exterminer tout ce qui était en vie, tant hommes qu’animaux. Mais, par souci de l’avenir, il était cependant ordonné de préserver les arbres fruitiers.

Conclusion

La différentiation fondamentale permettant de distinguer entre un homicide volontaire (donc un acte criminel) et un homicide non volontaire ou même légitime (c’est-à-dire non punissable par la loi), se fonde sur la réponse à la question suivante : l’homicide a-t-il été commis avec ou sans haine; c’est-à-dire, a-t-il été commis avec volonté de nuire ou pas? Prenons un exemple. Le fait de tuer un embryon est un acte qui cherche, quels que soient les bons sentiments qui l’accompagnent, à nuire radicalement à l’enfant dans le sein de sa mère. Par contre, le bourreau qui exécute justement un meurtrier ne commet pas une action mauvaise, acte dont la motivation serait celle de nuire à autrui. Il accomplit en fait une bonne action car il met en œuvre une décision de justice édictée par le magistrat. Tous les deux cependant éliminent un être créé à l’image de Dieu.

L’enseignement de Jésus-Christ prolonge et approfondit celui de la loi : il identifie la haine du cœur envers son prochain avec le meurtre. Le Christ, qui donna lui-même ce commandement à Moïse, le commente ainsi : « Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras point de meurtre, celui qui commet un meurtre sera passible du jugement. Mais moi, je vous dis : Quiconque se met en colère contre son frère sera passible du jugement » (Mat 5.20-22). Il ne s’agit pas ici de colères qui sont justes (Eph 4.26), mais d’une colère qui exprime la haine du cœur envers son prochain. Le Christ nous fait comprendre le rapport d’une telle haine avec le 6e commandement. Il faut refuser cette rancune nourrie dans le cœur et vraie source de l’homicide. Le Christ poursuit : « Celui qui dira à son frère : Raca ! [on pourrait paraphraser dans le cas particulier de l’avortement : celui qui dira à l’embryon : Raca ! tu n’es pas un être humain, mort à toi, à la poubelle tout de suite !] sera passible du sanhédrin. Celui qui dira : Insensé ! sera passible de la géhenne du feu. Arrange-toi promptement avec ton adversaire, pendant que tu es en chemin avec lui, de peur que l’adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et que tu ne sois mis en prison. En vérité, je te le dis, tu ne sortiras point de là que tu n’aies payé jusqu’au dernier centime » (Mat 5.22-26).

Que Dieu soit loué, car notre Seigneur Jésus-Christ a lui-même payé pour nous le dernier centime de notre dette infinie envers lui ! C’est la peine de mort, instituée par Dieu lui-même, et subie par son Fils unique à notre place à la croix, qui nous permet d’être libérés de toute condamnation, dans le présent comme à l’avenir. Sans la mort du Christ à la croix, la dette de notre péché — la mort étant le juste salaire de ce péché — n’aurait jamais pu être payée. Gloire soit rendue à Dieu pour une telle grâce !

1 La discrimination est ici vue dans son sens positif : elle consiste à voir la différence exacte entre une chose et une autre, par exemple entre un feu vert et un feu rouge, entre le froid et le chaud. En fait, sans discrimination juste, il n’est tout simplement pas possible de vivre.

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Auteur: La rédaction

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