Les formes de la prière – David Shutes

par La rédaction le 27 Avr, 2017

Un très grand nombre de croyants sont culpabilisés par la prière. J’ai pensé pendant longtemps que j’étais plus ou moins le seul dans ce cas, mais nous sommes nombreux à être culpabilisés par rapport à la prière. Culpabilisés de ne pas prier assez, de ne pas prier comme il le faudrait, de ne pas ressentir grand-chose dans la prière…

Très souvent, cette culpabilité se vit surtout par rapport à la forme de la prière. Nous sommes conditionnés à considérer comme valables certaines façons de prier et nous sommes troublés quand nous ne vivons pas de façon satisfaisante ces formes habituelles. Il y a un effet sentimental qui nous « fait du bien » quand nous avons été conditionnés à considérer telle ou telle manière de prier comme « la bonne ». Il nous est très difficile de différencier entre ce phénomène qui, dans le fond, n’est que psychologique, et le véritable effet spirituel de la prière.

Si je suis habitué à prier d’une certaine manière, il me sera relativement facile de susciter des « sentiments pieux » en priant de cette manière. En revanche, si pour une raison ou une autre je ne vis plus, ou ne profite plus, de la forme habituelle, j’expérimenterai moins ces sentiments. Il me sera très facile, à ce moment-là, d’interpréter le manque de sentiments comme une indication d’un vrai problème spirituel. Mais dans tout cela, le risque majeur consiste à insister davantage sur la forme de la prière que sur son but, l’effet spirituel qu’elle doit opérer en moi.

Il est traditionnel, chez les évangéliques, de prétendre que nous n’avons pas de traditions. Mais c’est faux. Nous en avons bel et bien et elles concernent nos habitudes dans la prière aussi bien que tous les autres domaines de notre vie religieuse. Commençons donc par essayer d’identifier ces formes de prière traditionnelles dans nos milieux, afin de comprendre en quoi elles nous limitent.

1. Les formes de prière traditionnelles

Il y en a essentiellement trois :

– D’abord, il y a la prière individuelle. C’est une forme de prière très largement valorisée parmi nous. Chaque croyant est appelé à prier seul, dans le cadre de sa relation personnelle avec Dieu. « Mais toi quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte et prie ton Père qui est dans le lieu secret, et ton Père qui voit dans le secret te le rendra. » (Mat 6.6) Souvent, on encourage les gens à pratiquer cette forme de prière dans leur « culte personnel » mais ce n’est pas du tout limité à ce seul contexte.

– La prière collective est aussi largement pratiquée parmi les évangéliques. Dans Actes 12.12, par exemple, « un certain nombre de personnes étaient réunies et priaient ». La « réunion de prière » classique se fait dans la quasi-totalité des églises évangéliques. La prière collective se fait aussi dans les cultes de famille, dans des rencontres plus informelles entre croyants, pendant le culte de dimanche et dans bien d’autres contextes encore.

– Il y a, finalement, la prière formelle. C’est ce qui remplace chez nous la prière liturgique si répandue dans d’autres milieux. La prière formelle, c’est la prière qui se fait parce que la forme la demande. « Nous allons commencer notre culte en remettant ces instants au Seigneur. » « Avant de prendre le repas, je vais demander à notre frère de remercier le Seigneur. » Il y a bien des moments où, si on ne fait pas une prière dont le contenu est plus ou moins dicté par les circonstances, on sera considéré par bien des évangéliques comme manquant à son devoir spirituel.

C’est tout cela, la prière formelle.

2. Quelques idées reçues sur la prière

Il est à noter que toutes ces formes de prière montrent certaines caractéristiques Sont-elles essentielles à la prière ou, au contraire, ne nous enferment-elles pas dans des limites qui ne sont pas forcément bénéfiques ?

– 1. D’abord, la pensée est toujours formulée explicitement. Cela peut être à haute voix, mais, même si ce n’est pas le cas, dans nos têtes nous formulons nos mots ; il n’y a que la voix qui manque (certains vont jusqu’à dire que quelqu’un qui ne prie pas à haute voix dans une réunion de prière, par exemple, ne prie pas, point à la ligne). La personne qui prie sait exactement quels sont les mots qu’elle utilise pour formuler sa prière.

Mais la Bible ne parle-t-elle pas d’une prière sous forme de « soupirs inexprimables » (Rom 8.26) ? N’y a-t-il aucune place dans le silence pour la communion avec Dieu ? Alors que nous communiquons souvent les uns avec les autres sans paroles explicites, est-ce impossible d’en faire autant avec Dieu ?

Personnellement, je découvre de plus en plus d’utilité dans une prière qui ne se limite pas forcément à cette expression explicite. Dieu connaît mes pensées, mes attitudes profondes. Il les connaît mieux que moi-même. Parfois, je ne sais pas bien quoi lui dire. Cela peut même paraître absurde de lui expliquer ce qu’il en est, alors que je sais pertinemment qu’il en est déjà bien conscient. Parfois j’ai simplement envie de me placer devant Dieu, non pour parler mais pour écouter, pour affirmer tout à nouveau mon désir que Dieu soit réellement le Seigneur de ma vie. Quelques mots (entrecoupés de beaucoup de silence) suffiront pour m’exprimer. Vouloir absolument que la prière soit formulée explicitement limite trop la prière, à mon avis.

– 2. La formulation de la prière est spontanée. Il y a peu de place dans les milieux évangéliques pour la prière écrite, la prière formulée à l’avance ou la prière qui a été formulée par quelqu’un d’autre. C’est au point que même le « Notre Père » est rarement utilisé parmi nous. Le plus souvent chez nous, répéter une prière formulée à l’avance n’est pas considéré comme prier.

Mais où est le mal à revenir sur une formulation qu’on a déjà utilisée ? Nous insistons bien (et avec raison) sur l’autorité de la Parole de Dieu ; nous comprenons donc sans problème que l’édification peut très bien passer par des mots couchés depuis longtemps dans une formulation définitive. Si cela peut se faire dans l’étude de la Parole, pourquoi ne peut-il pas en être ainsi dans la prière aussi ?

Bien sûr, il n’y a pas plus d’utilité à répéter machinalement et bêtement des prières écrites qu’à lire la Bible sans prêter attention à ce qu’on lit. Il n’y a aucune édification dans les mots mêmes. Mais à condition de se pencher sur le sens des mots, pour faire sienne la pensée exprimée, des prières écrites peuvent être une source d’édification considérable.

Je dirais même que cet accent sur la prière spontanée favorise très largement le subjectivisme et l’égocentrisme. Une prière qui a été formulée à l’avance, qui est utilisée par l’église depuis un certain temps, a eu l’occasion en quelque sorte de « faire ses preuves ». Si elle exprime des pensées qui posent problème sur le plan théologique, il y a la possibilité pour ceux qui les constatent de les faire remarquer. La prière spontanée, en revanche, n’est pas contrôlée. Il nous est facile de tourner continuellement autour de nos propres désirs, sans forcément nous en rendre compte.

Or combien de textes bibliques sont des prières ? La quasi-totalité des Psaumes sont des prières explicites, par exemple. Est-ce une prière, de lire un psaume ? Le « Notre Père » est un texte biblique. Est-ce que nous prions quand nous le lisons dans la Bible ?

Dans la pensée évangélique, lecture de la Bible et prière sont essentielles pour l’édification (ce qui est tout à fait juste, à mon avis), mais sont tout à fait distinctes. Pourtant, beaucoup de lecture de la Bible devrait être comprise comme étant, en même temps, de la prière. Nous profiterions bien de lire des textes en tant que prière, nous appropriant ces paroles pour que le texte devienne notre prière.

On pourrait dire la même chose en ce qui concerne les chants. L’examen de nos chants montre que beaucoup sont des prières. Parfois même des prières extraordinaires, qui expriment une piété profonde. Mais en les chantant simplement comme « des chants » nous nous laissons facilement priver de leur valeur de prière. Il devient plus important de les chanter d’une façon « entraînante » que d’une façon réfléchie qui nous permette d’en profiter pour exprimer ces paroles comme de véritables prières. Ce n’est pas l’optique du N.T. Colossiens 3.16 nous montre clairement que « les psaumes, les hymnes et les cantiques spirituels » doivent être des moyens d’édification profonde. Au lieu de servir essentiellement à exprimer la joie, les chants doivent permettre à Dieu de nous transformer, en nous rendant de plus en plus conformes à la parole de Christ.

– 3. On s’adresse à Dieu à la deuxième personne du singulier ; sinon ce n’est pas une prière. Cela fait figure d’une évidence qui ne se discute même pas parmi les évangéliques. Le singulier, le tutoiement, est utilisé, pour marquer l’intimité. Vouvoyer Dieu dans la prière est considéré comme une façon d’indiquer qu’il est lointain, pratiquement inaccessible.

Or j’ai découvert qu’il n’en est rien. Ayant eu le privilège de connaître de près certains croyants catholiques, dont la foi est incontestablement aussi vivante et aussi personnelle que la mienne, j’ai appris pourquoi ils préfèrent le vouvoiement dans la prière. Pour eux, cette forme n’exprime pas l’éloignement, mais le respect pour la majesté de Dieu. Or, en tant qu’évangéliques, nous avons du mal à maintenir ce respect de la grandeur de Dieu. Nous prononçons facilement « Notre Père » mais nous avons beaucoup plus de mal à réaliser la suite : « qui es aux cieux ».

Il est vrai que j’ai toujours du mal à utiliser le vouvoiement dans la prière. Mais même si je ne l’exprime pas par le vouvoiement, j’ai besoin, moi aussi, de me rappeler la nécessité du respect pour la personne de Dieu. L’intimité, oui, mais jamais aux dépens de ce respect pour sa grandeur qui fait aussi partie de l’attitude essentielle dans la prière.

J’ai aussi rencontré des chrétiens qui, dans certains contextes au moins, prient à la troisième personne.

Genèse 41 nous montre que la troisième personne peut être, par exemple, une forme de respect. Cet usage est encore en vigueur aujourd’hui dans certains milieux, même dans nos pays occidentaux1.

Or dans beaucoup de ses Épîtres, l’apôtre Paul commence avec trois éléments qui forment l’introduction : la salutation, sa reconnaissance pour ceux à qui il s’adresse et sa prière pour eux. Pourtant, ces prières ne sont jamais à la deuxième personne.

Autrefois, j’aurais dit que Paul est en train de raconter ce dont il prie pour eux ; aujourd’hui, la prière de Paul devient prière pour moi, sans que j’aie besoin de le reformuler à la deuxième personne.

Cette approche permet qu’encore plus de textes bibliques puissent devenir de vraies prières pour nous, des moyens efficaces d’affirmer notre dépendance du Seigneur, de nous décharger sur lui, de nous laisser transformer par sa pensée. La méditation de la Parole devient ainsi une vraie communication entre le Seigneur et moi et non une simple lecture de texte. Le Seigneur me parle et, en même temps, je lui ouvre mon cœur pour que cette pensée qu’il exprime dans la Bible devienne aussi la mienne.

Je suis de plus en plus convaincu de l’utilité à faire un lien étroit entre la méditation de la Parole et la prière. Même la prière dans sa forme la plus traditionnelle prend plus de sens quand elle suit de près l’écoute de l’Esprit du Seigneur dans sa Parole. Quand nous sautons directement dans la prière, sans nous fixer d’abord l’esprit sur la pensée du Seigneur par la méditation de la Bible, nous avons encore plus tendance que d’habitude à exprimer ce qui est, avant tout, notre désir. Mais quand nous nous laissons d’abord interpeler par lui, quand nous prenons le temps d’écouter, nous exprimons bien plus facilement un engagement à nous centrer sur lui plutôt que sur nos propres souhaits.

– 4. Une attitude corporelle particulière est adoptée dans la prière. Curieusement, cette attitude est assez variable, même parmi les évangéliques, mais elle existe pratiquement toujours. Pour beaucoup, les yeux fermés en fait partie. Souvent, on baisse la tête. Parfois, on rejoint les deux mains pour ne pas faire autre chose pendant ce temps. On peut aussi se mettre à genoux. Mais quelle que soit l’attitude physique adoptée pour la prière, on peut savoir, rien qu’en regardant, si quelqu’un est en train de prier ou non, si on connaît ses habitudes dans ce domaine.

Il est presque inutile d’insister sur le fait que l’attitude corporelle ne fait pas, en soi, la prière. La Bible montre énormément d’attitudes corporelles différentes dans la prière. Dans 1 Timothée 2.8, il est question de prier « en élevant des mains pures ». Dans Éphésiens 3.14, Paul parle plutôt de « fléchir les genoux devant le Père ». Dans Luc 18.13, il est dit qu’un péager a prié « n’osant même pas lever les yeux au ciel, mais se frappant la poitrine », comme si c’était très inhabituel de ne pas lever les yeux vers le ciel. Dans Luc 17.16, il y a même quelqu’un qui, pour exprimer sa reconnaissance envers Jésus, se prosterne face contre terre à ses pieds.

Tout cela pour dire que la Bible n’impose manifestement pas une attitude corporelle précise comme « normative » dans la prière. Pourtant, nous avons chacun nos habitudes et ce sont ces habitudes qui créent, plus que tout autre chose, l’ambiance qui joue un rôle psychologique si important dans la prière.

J’étais étonné de constater combien il m’a été difficile, par exemple, d’apprendre à prier en conduisant la voiture. Je peux tenir une conversation tout à fait raisonnable avec une autre personne tout en conduisant, mais je n’arrivais pas à prier, tout simplement parce que je ne pouvais pas assumer l’attitude corporelle qui m’était habituelle dans la prière.

Si nous pouvons échapper à ces habitudes, nous découvrirons une plus grande liberté dans la prière. Nous serons capables de prier mêmes dans des circonstances tout à fait inhabituelles. Le tout, c’est de comprendre que l’essentiel est dans l’attitude du cœur et non dans l’habitude ou le sentiment qu’elle provoque.

* * *

Maintenant, je ne veux surtout pas décourager les chrétiens de prier. Il est vrai qu’en se cantonnant exclusivement à une seule forme de prière, on risque fort de se priver de l’édification qui peut découler d’autres formes. Mais il n’y a aucun avantage non plus à changer simplement pour changer. Si vous vivez une vie de prière riche et satisfaisante en vous limitant essentiellement aux formes les plus classiques de la prière, tant mieux ! L’essentiel, justement, n’est pas la forme.

Seulement, même si vous êtes parfaitement satisfait dans ces formes traditionnelles de la prière, évitez d’en faire une règle générale pour tous les croyants. La qualité de la vie de prière de quelqu’un ne se mesure pas en chronométrant le temps qu’il passe dans les formes traditionnelles de la prière.

La prière a pour but de nous permettre de nous décharger de nos soucis sur Dieu, d’affirmer notre dépendance de lui et de nous laisser transformer par sa pensée. Si un frère ou une sœur progresse vers ces buts en vivant sa vie de prière essentiellement sous des formes différentes de celles dont nous avons l’habitude, ce n’est pas un problème (Rom 14.4).

Si, en revanche, vous avez l’impression de vous « dessécher » en quelque sorte dans la prière, si vous vivez la prière davantage comme un fardeau ou un devoir que comme la joie de communier avec le Seigneur, n’ayez pas peur de sortir des sentiers battus. Par le silence devant le Seigneur, par la méditation des textes bibliques, par des prières écrites, par des chants qui deviennent prières, par tant d’autres formes inhabituelles de communication avec Dieu, nous pouvons retrouver la joie de la prière. Sans délaisser les formes les plus classiques, qui ont tout à fait leur place aussi, nous pouvons enrichir notre vie de prière en découvrant que le Seigneur n’est pas limité par nos traditions, même évangéliques.

La prière, c’est toute communication avec Dieu par laquelle je lui remets ma vie, mes préoccupations, mes besoins, tout ce qui me permet de progresser dans la dépendance de sa seigneurie. Peu importe la forme.

En revanche, toute communication qui a pour but premier d’essayer de convaincre Dieu de faire ce dont j’ai envie, moi, même si j’estime que ce qui me semble nécessaire est très spirituel, m’éloigne de cette dépendance. Une telle attitude intérieure est simplement un moyen de plus de dire à Dieu : « Pas ta volonté mais la mienne. » C’est la tendance naturelle de mon cœur rebelle, qui ne veut pas que Dieu soit réellement Dieu dans ma vie. Ce n’est donc pas l’esprit de la prière, même si la forme me semble tout à fait convenable.

1Il est d’ailleurs amusant de constater, dans Genèse 47, que les frères de Joseph, ne connaissant pas l’usage en Égypte, s’adressent au Pharaon à la deuxième personne. C’est comme un étranger qui ne maîtrise pas bien la langue française et ses usages qui tutoierait un haut fonctionnaire.inaï ; Guébal et Tyr sont des villes du Liban ; les Ismaélites vivaient dans la péninsule arabique ; l’Assyrie recouvre une partie de l’Irak actuel.

 David Shutes

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Auteur: La rédaction

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