Le jeûne – John Stott

par La rédaction le 15 Sep, 2017

« Lorsque vous jeûnez, ne prenez pas un air triste, comme les hypocrites, qui se rendent le visage tout défait, pour montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Je vous le dis en vérité, ils ont leur récompense. Mais quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, afin de ne pas montrer aux hommes que tu jeûnes, mais à ton Père qui est là dans le lieu secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. » (Matthieu 6.16-18)

Les pharisiens jeûnaient « deux fois par semaine » (Luc 18.12), le lundi et le mercredi. Jean-Baptiste et ses disciples jeûnaient assez régulièrement, et même « souvent », mais les disciples de Jésus ne jeûnaient pas (Mat 9.14) ; aussi est-il surprenant que Jésus attende de ses disciples qu’ils jeûnent et consacre une partie de son enseignement sur la colline aux détails de cette pratique. Nous-mêmes, nous vivons souvent comme si ce passage n’existait pas dans la Bible. La plupart des chrétiens insistent sur l’importance de la prière quotidienne et de la libéralité, mais peu nombreux sont ceux qui attachent de l’importance au jeûne. Les chrétiens des courants évangéliques qui insistent sur le caractère intérieur de la vie chrétienne, laissant une large place au cœur et à l’esprit, ne parviennent pas toujours à s’accommoder de cette discipline extérieure, corporelle qu’est le jeûne. Ne serait-ce pas une pratique de l’Ancienne Alliance ordonnée par Moïse le Jour des Propitiations, pratique exigée plusieurs fois l’an après le retour de Babylone, mais que le Christ serait venu abroger ? Les contemporains de Jésus ne sont-ils pas venus lui demander : « Pourquoi les disciples de Jean et les disciples des pharisiens jeûnent-ils et tes disciples ne jeûnent-ils pas ? » Le jeûne n’est-il pas une pratique propre à certaines Églises ou un reste de l’Église médiévale qui a élaboré un calendrier détaillé des jours de fête et des jours de jeûne ? N’est-il pas lié à une conception du culte rendu à Dieu qui attacherait beaucoup d’importance aux rites ?

En utilisant tantôt les Écritures, tantôt l’histoire de l’Église, on pourrait probablement répondre positivement à toutes ces questions. Mais quelques faits permettent de rétablir une vue plus globale de cette pratique. Jésus lui-même, le Maître et Seigneur de tous, jeûna quarante jours et quarante nuits dans le désert. Et c’est lui aussi qui répondait à la question de ses interlocuteurs en disant : « Lorsque l’époux leur sera enlevé, alors ils (mes disciples) jeûneront » (Mat 9.15). Dans le Sermon, Jésus enseigne comment jeûner, ce qui suppose que ses disciples jeûnent bel et bien. Les Actes des Apôtres et les Épîtres du Nouveau Testament font maintes références au jeûne des apôtres. Aussi, ne pouvons-nous le rejeter comme étant une pratique de l’Ancienne Alliance abrogée par la Nouvelle, ni comme la pratique d’une Église que telle autre Église rejette.

Le jeûne est une abstinence totale de nourriture. Cependant, cette notion s’étend à toute abstinence partielle ou totale de nourriture pendant des périodes plus ou moins longues, d’où la désignation de notre premier repas de la journée comme du petit dé-jeûner qui interrompt le jeûne de la nuit.

Dans les Écritures, le jeûne a une connotation d’abnégation et d’auto-discipline. En tout premier lieu, le jeûne est associé à l’humiliation devant Dieu (Ps 35.13 ; És 58.3,5). Quelques fois le jeûne était une expression de pénitence pour le péché passé. Des personnes profondément attristées par leur péché et leur culpabilité pleuraient en jeûnant. Néhémie, par exemple, assembla les fils d’Israël « vêtus de sacs… pour le jeûne… et ils se mirent en place pour confesser leurs péchés ». Les gens de Ninive se repentirent en entendant la prédication de Jonas ; ils proclamèrent un jeûne et se revêtirent de sacs ; Daniel chercha Dieu « en priant, en suppliant et en jeûnant, revêtu du sac et de la cendre » ; il implora le Seigneur son Dieu et confessa les péchés de son peuple. Après sa conversion, Saul de Tarse fit pénitence pour avoir persécuté le Christ et ne but ni ne mangea pendant trois jours (Néh 9.1 ; Jon 3.5 ; Dan 9.3 ; 10.2-3 ; Act 9.9).

Aujourd’hui encore, des chrétiens convaincus de péché et poussés à la repentante l’expriment par un deuil, des pleurs ou le jeûne. Les enseignements brefs contenus dans la liturgie de certaines Églises commencent par les instructions sur le jeûne. C’est une application possible de la parole de Jésus selon laquelle « lorsque l’époux leur sera enlevé, alors mes disciples jeûneront … ». C’est comme si les disciples se réjouissent en Christ et à cause de son salut tant qu’il est avec eux et qu’ils participent aux noces et qu’ils s’affligent dès que la fête est interrompue et que surgit la défaite ou l’adversité. Alors « c’est le moment de s’humilier par le jeûne devant le Dieu tout-puissant, de faire le deuil et de regretter ses péchés d’un cœur contrit » dit l’une de ces liturgies1. Toutefois, ce n’est pas seulement pour faire pénitence en raison de notre passé de péché que nous nous humilions devant Dieu. C’est aussi pour reconnaître que nous comptons sur sa miséricorde future. Ici à nouveau, le jeûne peut être l’expression de notre humiliation. Dans la Bible, le jeûne est plus souvent associé à la prière qu’à la pénitence. Il s’agit moins d’une pratique régulière que d’une observance occasionnelle qui exprime l’intention de chercher la volonté ou la bénédiction de Dieu ; à cette fin, le croyant se détourne de toute nourriture et de tout ce qui peut distraire. Ainsi, lorsque Dieu renouvela son alliance avec son peuple sur le Mont Sinaï, Moïse jeûna. Plus tard, devant les armées de Moab et d’Ammon, Josaphat « décida de consulter l’Éternel et décréta un jeûne sur tout Juda ». Il y eut aussi la reine Esther qui, avant de mettre sa vie en jeu en approchant le roi, demanda à Mardochée de convoquer les Juifs et de jeûner en sa faveur pendant qu’elle et ses servantes feraient de même. À Babylone, Esdras proclama un jeûne avant de prendre la tête des exilés qui retournaient à Jérusalem, afin, dit-il de « nous humilier devant notre Dieu… de chercher la faveur de cheminer sans encombre ». Puis, à la suite de Jésus lui-même, l’Église primitive jeûna. Ainsi l’Église d’Antioche jeûna avant d’envoyer Paul et Barnabas pour leur premier voyage missionnaire. Et Paul et Barnabas firent de même avant de désigner des Anciens dans toutes les jeunes églises qu’ils avaient fondées (Ex 24.18 ; 2 Chr 20.3 ; Est 4.16 ; Esd 8.21 ; Mat 4.1-2 ; Act 13.1-3 ; 14.23). Des entreprises spéciales requièrent des prières spéciales ; et une prière spéciale peut inclure le jeûne.

Il y a encore une autre raison biblique pour jeûner. La faim constitue l’un de de nos appétits humains fondamentaux et la gourmandise l’un des péchés les plus généralisés. Aussi la maîtrise de soi perd-elle tout son sens si elle n’inclut pas le contrôle de notre corps. Paul utilise l’exemple de l’athlète qui, pour être en mesure de participer à une compétition, doit cultiver sa forme physique en s’entraînant. L’entraînement suppose une discipline alimentaire, du sommeil et de l’exercice. « Un athlète s’entraîne à la maîtrise de soi dans tous les domaines. » Et les disciples engagés dans la course chrétienne sont soumis aux mêmes règles. Paul parle de « traiter durement son corps » (littéralement « de lui faire des bleus ») et de le tenir « assujetti » (ou « de le traiter comme un esclave », 1 Cor 9.27). Ce n’est pas là du masochisme (qui éprouve du plaisir à s’infliger des souffrances), ni un faux ascétisme (qui porte le cilice et la haire ou qui dort sur un lit de clous), ni encore une tentative de s’attirer des mérites comme les pharisiens dans le temple (Luc 18.12). Une telle conception ne serait pas du tout paulinienne et, partant, ne saurait nous inspirer. Nous n’avons aucune raison de « punir » notre corps, car il est création de Dieu. Mais nous devons le discipliner afin qu’il nous obéisse ; et l’une des façons de développer notre maîtrise de nous-mêmes, c’est de nous abstenir volontairement de nourriture.

Le jeûne peut aussi être une occasion de partager ce que nous aurions mangé avec ceux qui sont sous-alimentés. On trouve des indications d’une telle pratique dans l’A.T. déjà. Job pouvait dire : « Ma ration, l’ai-je mangée seul, sans que la veuve et l’orphelin aient leur part ? » (Job 31.16-17) Par contre, lorsque Dieu, par l’intermédiaire d’Ésaïe, condamne le jeûne hypocrite des habitants de Jérusalem, il se plaint du fait qu’ils recherchent leur propre satisfaction et oppriment leurs employés au moment même où ils jeûnent. Dans leur esprit et dans leurs actions, il n’existait aucune relation entre la nourriture dont ils s’abstenaient et les besoins matériels de leurs ouvriers. La religion qu’ils pratiquaient était dépourvue de justice et de charité. Aussi Dieu leur rappelle-t-il que  « le jeûne que je préfère n’est-ce pas ceci : dénouer les liens provenant de la méchanceté… renvoyer libres ceux qui ployaient… N’est-ce pas partager son pain avec l’affamé ? », et encore, « les pauvres sans abri, tu les hébergeras… » (És 58.6-7) Jésus reprend implicitement le même enseignement lorsqu’il raconte l’histoire du riche qui donnait chaque jour des fêtes somptueuses alors qu’à sa porte était couché un mendiant qui pour se nourrir attendait les miettes qui tomberaient de sa table (Luc 16 .19-31).

Il ne manque pas d’exemples plus récents de telles situations. Ainsi dans l’Angleterre du xvie siècle, l’abstinence de viande était prescrite certains jours de l’année. Elle était remplacée par du poisson. Cette prescription émanait non de l’Église mais de l’État qui entendait ainsi « soutenir l’économie des ports maritimes » et « limiter le prix des victuailles afin d’améliorer l’existence des pauvres ». De nos jours, le sort de millions d’affamés nous est présenté quotidiennement par la télévision. Des repas-ceinture (occasionnels ou mieux encore réguliers), ou le jeûne une ou deux fois par semaine sont au moins un moyen de lutter contre la suralimentation que traduit l’embonpoint. Cette manière de jeûner exprime notre solidarité avec les pauvres.

Que ce soit pour faire pénitence ou pour prier, par autodiscipline ou par solidarité, la Bible nous donne bien des raisons de jeûner et le jeûne a sa place dans la vie chrétienne. Comme pour l’aumône ou la prière, il est important de ne pas attirer l’attention sur soi lorsqu’on jeûne. Ce sont les hypocrites qui prennent « un air triste » et vont « le visage tout défait ». Le mot aphanisô traduit par « défait » signifie littéralement « faire disparaître », « rendre invisible ou méconnaissable ».

Il se peut que les hypocrites négligeaient leur hygiène personnelle ou recouvraient leur visage de cendres afin de paraître pâles et mélancoliques. Leur « sainteté » pouvait ainsi être vue de tous et susciter l’admiration qui était la récompense attendue. « Mais pour toi, poursuit Jésus, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage », « donne-toi un coup de peigne » dirait-il peut-être aujourd’hui ! Jésus ne demande rien d’extraordinaire ; il ne s’agit pas pour les disciples d’endosser un air de gaieté forcé. En effet, comme Calvin l’explique, le « Christ ne nous retire pas d’une espèce d’hypocrisie pour nous faire retomber en l’autre ». Il part du principe que les disciples faisaient leur toilette tous les jours et que les jours de jeûne ils la feraient comme d’habitude afin que nul ne se doute de leur état. Dans cette situation aussi, « ton Père qui voit dans le secret te le rendra ». L’objectif du jeûne n’est pas d’en faire la publicité ou de cultiver la réputation de ceux qui le pratiquent. Il exprime l’humilité de l’homme devant Dieu et sa préoccupation pour ceux qui sont dans le besoin. Si ces objectifs sont atteints, le jeûne a déjà obtenu son comptant de récompense.

1Voir par exemple la Liturgie de l’Église Anglicane.

John Stott

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Auteur: La rédaction

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